| dimanche 01 juin 2008, a 13:29 |
| La Menteuse |
Ouf ! Il y a une justice !
J'affirme, en tant que femme affranchie et avec toute ma volonté de voir la Femme libre sur cette terre, que ce jugement est fondé.
Il ne faut pas tout mélanger !
Lorsque deux personnes s'engagent dans le mariage, c'est une question d'amour avant tout. Deux personnes décident qu'elles sont faites pour partager le restant de leur vie (ou un bon bout de celle ci) ensemble. Elles partagent des valeurs et les critères leur permettant de fonder une famille. Quelles que soient les caractéristiques de chacune, elles signent un contrat et chacune arrive avec ce qu'elle est, responsable de son passé, aimée comme elle est.
Ici, il y a d'un côté un homme musulman pour qui la virginité est un critère. Même si pour moi ce critère est débile, je reconnais que la virginité, pour tout homme, même non-musulman détient une valeur sacrée, touchante et entraîne dans une relation une dynamique autre. De l'autre, une jeune fille qui a connu les brumes de l'amour avant de rencontrer l'homme qu'elle veut épouser. Elle a été libre au point de vivre avec cet homme. Ce fiancé, la non-virginité de sa femme et sa religion n'ont pas été jugés dans ce cas.
Ce qui a été jugé, c'est que cette femme a triché pour se faire épouser d'un homme qu'elle n'a pas respecté.
Si cette femme l'avait respecté, avait dit la vérité, il ne l'aurait pas épousée sans doute. Et après ? La liberté de la femme c'est assumer, ne pas avoir honte de ses actes passés. Une femme libre sait choisir l'homme avec qui elle sera en harmonie.
Je trouve cette histoire terrible parce qu'elle est montée en épingle pour de fausses raisons. L'annulation de ce mariage n'est pas une sanction de la non-virginitéau mariage. Seules les intégristes du MLF veulent en faire le procès de l'exigence de ce critère pour certains. Elles devraient faire attention et travailler dans l'exemple de l'ouverture d'esprit plutôt que de chercher à se faire une pub en critiquant la victime même si c'est un macho plutôt que le calcul d'une intrigante.
La sanction de non-virginité, c'est cette fiancée qui se l'est imposée toute seule, en la cachant.
Peut-on, même si ça n'a rien à voir avec ce jugement, reprocher à un musulman de préférer épouser une vierge alors que nous avions le même critère il n'y a pas si longtemps ? Il aurait pu évoluer face à la réalité de son amour si cette femme avait été plus forte, plus claire. Le travail des acteurs de la libération de la femme est ailleurs. Car on ne libère pas une femme en revendiquant le bien fondé d'une telle intrigue.
Quel homme ne serait pas furieux d'avoir courtisé une femme des mois en respectant sa virginité pour découvrir le soir des noces qu'elle a menti ?
L'égalité des droits va dans les deux sens |
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| vendredi 28 mars 2008, a 02:38 |
| La Chine rouge de honte |
Comment s'y prendre pour aider les autorités chinoises à appliquer les droits de l'homme ? Il me semble qu'il est fondamental de tenir compte de leur culture, des croyances et des valeurs qui motivent leur choix de politique. C'est le passage obligé si l'on veut rendre possible ce changement, bien avant le boycott des JO qui, s'il nous semble un acte symbolique fort, pourrait n'occasionner qu'une prise de position encore plus tenace des autorités chinoises.
Lorsque le monde entier juge qu'il y a un manquement aux droits de l'homme et que les autorités affirment que tout est mensonge, on peut simplement s'étonner qu'elles interdisent aux médias l'accès aux informations qui leur permettraient de prouver tout simplement leur bonne foi.
Lorsqu'on fait le choix d'encourir à une répression sanglante d'une partie de la population de son propre pays, on doit avoir de bonnes raisons. Lorsqu'on le fait dans l'ombre, c'est qu'on a honte de ses agissements. Sinon, pourquoi nier ?
FBV
Illustration : "Différence de résolution de problème entre asiatiques et occidentaux" Yang Liu
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| samedi 15 mars 2008, a 14:17 |
| Carton rouge ! |
En Afrique, des journalistes ont décidé de mettre en place un Observatoire de la Pollution. Ils mettraient ainsi des cartons rouges et jaunes aux mauvais joueurs, aux pollueurs.
A Marseille, l'enjeu est différent, on a le foot et les cartons sont réservés à ces seuls acteurs. L'enjeu prioritaire ici, si l'on en juge par la répartition des budgets, c'est qu'on gagne le match de foot, que les supporters soient contents.
Allez savoir pourquoi on investit autant dans cette ville pour le foot. Même les horaires du métro sont réajustés pour les matchs. Nos politiques encouragent "ce pélerinage au Vélodrome"
Il paraît que la culture ennuie les Marseillais.
Photo : « Réalité » FBV |
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| vendredi 07 mars 2008, a 10:33 |
| Le mouvement perpétuel existe |

J'ai invité des copains à la maison dimanche parce que c'était mon anniversaire. Ils m'ont apporté des cadeaux et ma mère a fait un gâteau au chocolat. Ambroise avait coupé ses cheveux. C'était bizarre parce qu'on a l'habitude de le voir avec des cheveux longs et bouclés. J'avais aussi invité Suzanne que je ne connais pas beaucoup mais elle parlait avec Stéphane quand je l'invitais et je n'ai pas voulu la vexer alors je lui ai dit de venir aussi. J'ai eu un Scrabble, une tirelire en forme de coffre fort, un livre où on peut voir des dessins cachés en laissant son regard se fatiguer en fixant les pages et une mini soucoupe volante téléguidée. La soucoupe, c'est Suzanne qui me l'a offerte. Elle est toute blanche et elle fonctionne vraiment. Suzanne m'a dit que c'est son père qui fabrique ses jouets. Quand j'ai ouvert le paquet, j'ai vite cherché les piles pour l'essayer mais Suzanne m'a dit qu'on n'en avait pas besoin. Il paraît qu'à l'intérieur de la soucoupe, il y a une sorte de pile qui ne s'use pas. Ambroise a dit que ça n'existe pas et pourtant on n'a rien trouvé qui s'ouvre pour la changer. Comme il pleuvait dehors on a décidé de l'essayer dans ma chambre. Suzanne ma expliqué comment manier la manette de commande, on a posé la soucoupe sur le tapis et j'ai poussé le bouton « on. » Rien ne s'est passé et j'ai eu peur que la pile magique soit en panne. Ma copine m'a dit que ça marchait parce qu'il y avait des petites lumières bleues qui s'allumaient en tournant tout autour de la soucoupe mais on n'entendait rien. J'ai levé la manette et la soucoupe a décollé à la verticale, très vite ! Ambroise et Stéphane étaient excités et voulaient la faire fonctionner mais ils m'ont laissé apprendre avec Sue. La soucoupe pouvait bouger dans tous les sens, rester suspendue en l'air, on pouvait activer ou désactiver les lumières et la faire évoluer au ralenti. Dès que la pluie a cessé, on est sorti pour la tester sur le stade. C'était fantastique. Ambroise et Stéphane ont pu jouer un moment avec et Sue nous a appris à faire des figures dans le ciel. Et puis ma mère est venue nous chercher pour le goûter. Comme on s'amusait bien, j'avais envie de rester mais j'aime bien le gâteau au chocolat de maman. Pendant qu'on mangeait, Ambroise a demandé à ma mère si c'était possible des piles qui ne s'usent jamais. Maman a dit que oui mais que pour l'instant on n'avait pas encore trouvé, officiellement, le système qui pouvait le rendre possible. Elle m'a dit qu'il y avait eu plusieurs personnes qui disaient qu'elles avaient inventé le mouvement perpétuel, mais qu'après l'avoir annoncé on n'en avait plus jamais reparlé. Un jour, quand elle était toute jeune fille, elle a rencontré un monsieur qui était très angoissé. Il lui a dit qu'il avait inventé le mouvement perpétuel et qu'il avait peur qu'on le tue à cause de ça. Sa copine qui était à côté lui a dit que cet homme était fou. Ma mère l'a cru pourtant et il est venu lui montrer des photos de sa soucoupe volante, aussi grosse que lui dans un article de journal. Il disait que si son invention était utilisée, ça bouleverserait l'économie mondiale. J'imagine bien qu'on changerait les voitures et qu'on n'aurait plus besoin de pétrole. J'entends parler du développement durable, d'écologie. Je suppose qu'on devrait plutôt encourager un système qui, d'après ma mère qui le tient du monsieur, permettrait de chauffer toute une maison au moyen d'une pile magique comme celle de mon jouet. Pourtant, comme les plus riches sur la terre sont ceux qui ont du pétrole et que ce sont eux qui ont les moyens de faire ce qu'ils veulent, on n'est pas prêt de voir une nouvelle énergie détrôner le marché. Pendant qu'on parlait, Suzanne se taisait. Et puis elle a demandé à ma mère ce qu'était devenu cet homme. Il paraît qu'un jour il n'est plus revenu au magasin. Elle ne l'a plus revu pendant vingt ans au moins. Et puis l'autre jour, au supermarché, elle l'a croisé avec son épouse. Ils se sont reconnus et fixés un instant, sans un mot, et puis il est sorti très vite. Il ne portait plus sa blouse blanche de dépanneur de télévision. Il portait un costume élégant. La caissière a dit qu'il est PDG d'une usine qui fabrique du matériel pour l'électricité. Pendant que ma mère racontait, Suzanne était toute rouge.
Cette nuit, pendant que je dormais, j'ai rêvé que ma soucoupe partait toute seule par la fenêtre. A mon réveil, je l'ai retrouvée où je l'avais posée hier soir, sur mon tapis. Pourtant, comme elle avait du mal à décoller et que je cherchais ce qui n'allait pas, j'ai découvert un clapet et quand je l'ai ouvert, j'ai trouvé une pile. Quand même, j'étais sûr qu'il n'y avait pas ce clapet avant. Maman m'a aidé à charger la pile et il me tardait d'en parler avec Suzanne. Elle n'était pas à l'école ce matin et Stéphane m'a dit qu'elle avait déménagé, qu'il avait vu le camion partir à l'aube.
Source : Chroniques du Petit Noël, FBV
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| vendredi 29 février 2008, a 12:08 |
| Casse-toi pauvre con ! |
 Oh lala ! On a vu le président à la télévision, au salon de l'agriculture. Il a été très malpoli. Ça m'a fait bizarre parce qu'il a été vraiment très grossier. Aux présidentielles, on a raté le casting je trouve. C'était mieux avec Chirac. La preuve, quand il est allé faire un tour au salon, tout le monde est venu lui serrer la main alors que Sarkozy, on lui a refusé. C'est vrai qu'il ne fait pas attention non plus. Il touche tellement de mains ! On ne sait pas ce qu'elles ont touché avant… Finalement il peut nous contaminer parce qu'on ne sait pas les miasmes qu'il peut nous transmettre. Personnellement, je n'aimerais pas toucher la main de Nicolas Sarkozy vu que je crois que son geste n'est pas sincère. C'est juste pour faire croire qu'il nous respecte et faire sa pub avec notre image. Alors, le monsieur qui a refusé de la lui serrer a quand même le mérite d'avoir assumé. Peut-être que je lui aurais serrée moi, juste pour être poli alors que je vois bien qu'il ne l'est pas. Pourtant, je n'embrasse jamais tata Henriette parce qu'elle a la barbe qui pique alors que je l'aime bien elle.
Je crois que je ne lui aurais pas serré la main finalement. Pareil pour le responsable du CDI au collège…. Monsieur Bolée… On a découvert que tous les matins, avant d'entrer au collège, il fait pipi dans le square. C'est dégoûtant parce qu'en plus, il ne se lave pas les mains. Au CDI il crie tout le temps, même quand on est sage. Il veut juste qu'on le laisse tranquille pendant qu'il fait ses affaires personnelles sur l'ordinateur du collège. Et puis il donne des bonbons aux surveillantes comme si elles étaient des élèves. Aux surveillantes qui sont jolies seulement. Ce matin, je l'ai vu descendre du bus, s'arrêter au square, entrer au collège. J'étais juste derrière lui et je l'ai vu s'essuyer la main sur son pantalon. Quand il a vu le conseiller pédagogique, il lui a fait un superbe sourire et lui a serré la main bien fort pour le saluer. Si j'avais été à la place du CPE, je lui aurais peut-être dit : « Touche-moi pas, tu vas me salir ! »
« Chroniques du petit Noël » FBV |
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| mercredi 13 février 2008, a 19:54 |
| Scène de bar |
C'est un soir de décembre, un de ces soirs un peu tristes parce qu'il fait nuit à 17 heures, que vous avez froid, que vous trimbalez votre mauvaise journée avec vous et que vous vous apprêtez à la revivre en la relatant à votre meilleur ami. Comme vous avez conservé une certaine pression, il ne saura vous apaiser, vous le savez déjà. Et vous vous réfugiez dans un bar, vous commandez un thé, vous demeurez silencieux, vous repassez le film de la journée dans votre tête… Quelle vie de chien !
Il est tard, je le réalise soudain. Depuis combien de temps suis-je dans ma bulle ? Je n'en sais rien, je me redresse, respire un bon coup, regarde autour de moi.. Les gens boivent et fument, l'ambiance est agréable avec des odeurs de café et de fromage grillé. Les lampes diffusent une douce lumière, il fait chaud. La buée couvre les vitres et je suis toujours en proie au stress.. C'est à ce moment que mes yeux se portent sur mes voisins attablés à quelques mètres. Ces deux là forment un couple original. La jeune femme au teint et aux yeux de porcelaine parle fort et sa voix pâteuse laisse paraître qu'elle est ivre.. Ses cheveux blonds méchés dégoulinent sur un profond décolleté, ses bijoux sont magnifiques et sa tenue osée contraste avec celle de son compagnon, bien plus âgé, vêtu avec une élégance discrète. A chaque éclat de voix de sa compagne, il jette un regard furtif sur les clients, gêné sans doute de se faire remarquer. Elle ne voit que lui, elle a l'air de le supplier, les yeux cherchant à accrocher son regard.
_ Je t'aime ! Tu sais comme je t'aime ? Crie-t-elle en se tordant les mains.
L'homme se penche et lui murmure quelques mots qui finissent par l'apaiser. Autour d'eux, le serveur efféminé leur lance un sourire moqueur et s'efface malgré tout avec discrétion. Deux jeunes gens chuchotent et commentent la scène en riant sous cape. Les bocks vides couvrent la table de ce couple si mal assorti.
Je ne sais pas ce qui m'arrive mais je tends mon regard et mes oreilles. Leur discussion me parvient mal et je brûle de curiosité. Mon ami les observe aussi et semble choqué. Ma curiosité le dérange, la scène le dérange.
_Ts… quelle vulgarité ! Dit-il avant de porter à nouveau son attention sur ces deux personnages. Finalement il est fasciné, comme tous les clients de la salle. Les conversations se font plus sourdes. L'homme de grande stature se détend, s'appuie sur le dossier de son fauteuil et leur tête-à-tête prend un tournant plus intime.
Un moment, je crois qu'elle s'est calmée. Ils redeviennent un couple ordinaire. Comme mon ami demande l'addition, elle crie.
_Papa… je n'en peux plus, j'ai tant besoin de toi !
Pendant quelques instant, j'arrête de respirer. C'est son père ! La scène prend alors une tournure différente et je saisis l'expression incrédule des autres clients. Comme le père s'incline et semble la réconforter, quelques mots me parviennent.
_Bien sûr… je serai toujours là…peut-être moyen… maman… la comprendre… avenir… tu verras.
A ces mots, comme une enfant, elle s'enflamme.
_C'est une chance exceptionnelle ! Chez Gucci papa ! Il faut juste que je m'exerce à marcher comme un mannequin ! C'est un très beau métier et je gagnerai bien ma vie !
Son père la regarde avec indulgence et j'imagine qu'il souhaiterait lui dire l'évidence, qu'elle n'a pas l'allure d'un mannequin, qu'elle se tient voûtée, que son ventre est trop gras, que cette profession exige une hygiène de vie parfaite et que les bocks alignés devant elle sont la preuve qu'elle ne sait ce que ça représente.
_Je vais t'aider. Et si tu veux, demain, on travaillera ta démarche. Maintenant on va manger quelque chose. Il se fait tard.
On devine à son ton un brin d'impatience. Il semble pressé de quitter cet endroit. Il y a dans ses manières quelque chose qui inspire le respect, la bienveillance. Je choisis de regarder ailleurs pour lui éviter le malaise qu'il ressent à coup sûr avec ce déballage de vie privée en public. Pourtant, un bruit de siège poussé et qui chute brutalement me fait oublier cette sage décision.
_Hop ! Je te montre tout de suite papa !
Elle est debout, souriante, prête à faire une démonstration. La chaise est renversée, son sac se vide sur le carrelage et son manteau forme un tas au milieu de mégots jonchant le sol. Elle regarde son père, confiante, heureuse de lui montrer ce qu'elle est capable de faire.
Lui s'est dressé au-dessus de son siège et reste suspendu, comme figé, hésitant encore à se lever tout à fait. Ses yeux sont soudain d'une incroyable mobilité, je croise son regard paniqué, il a honte de cette exhibition, il cherche nos réactions, il regarde sa fille et puis il se lève. Il est immense, presque un géant. Il marche calmement autour de la table, ramasse la chaise, le manteau, pose le sac délicatement sur une banquette, se tourne vers sa fille. Et avec une extrême douceur lui prend le coude.
_Viens, il y a plus de place là bas
_Bon, tu tiendras compte que mes bottes ne sont pas adaptées, regarde comme j'ai du mal à marcher avec.
_Et pourquoi crois-tu que je te mène là bas ? Il y a un couloir et une barre le long du mur. On va se faire une idée du travail pour demain.
Ils s'éloignent et je dois changer de place pour les observer. Elle disparaît au bout du couloir et je devine son avancée grâce au bruit lourd de ses pas entrecoupé d'éclats de rires et de hoquets. Son père l'observe, je le vois de profil, droit, fier, surveillant l'avancée de sa fille avec l'air entendu du spécialiste. Le serveur efféminé se place de manière à ne rien louper de la prestation avec un sourire narquois, les clients de la salle tentent de suivre la scène en prenant un air détaché. Certains sont tendus, en équilibre sur leur chaise, la tête complètement tournée vers le fond du bar, inconscients du torticolis qu'ils se préparent.
Elle entre enfin dans mon champ de vision. Sous une lumière devenue soudain violente, elle avance voûtée, titubante. Ses pieds, l'un après l'autre tentent de suivre une ligne imaginaire, donnant à sa démarche la légèreté d'un éléphant. Elle se tient à la barre de bois qui glisse le long du mur. Quel spectacle étrange !
_C'est très bien ! tonne la voix de son père
_Et là ? Si je redresse la tête ? Attends, je refais un passage !
Elle bondit et disparaît de nouveau au fond du couloir… elle réapparaît, le visage radieux, toujours aussi malhabile…lourde… ses bottes s'emmêlent encore… à un mètre de son père… les yeux fixés dans les siens… elle fonce se réfugie dans ses bras… elle semble épuisée… ramollie, heureuse…
L'étreinte est touchante.
Puis il la guide vers la table, la portant presque. Sa fille est calmée. Il semble soulagé. Les regards se détournent enfin, ils vont s'installer et redevenir deux clients ordinaires.
_Tu vois, demain, nous travaillerons avec un livre sur la tête. Lui dit-il, encourageant
Et hop ! Elle se détache de son père, fonce vers son sac, en sort un cahier, le brandit comme un drapeau et se dirige d'un pas devenu soudain très ferme vers le couloir. La surprise laisse son père sans voix. Le serveur efféminé ne peut s'empêcher de donner libre cour à sa gaieté, suivi spontanément par les clients qui rient à présent sans retenue. Le géant maîtrise le tremblement de sa main, respire puissamment, pose un pied en direction du couloir où sa fille disparaît déjà. Il est magnifique ! Il reprend son poste et son attitude de professionnel.
_Bravo, tu tiens la forme, on refait un passage!
_Regarde ! Comme ça ? crie-t-elle
_Oui, comme ça, c'est bien, tu es une pro !
Sa voix tremble un peu.
_Oh oh !
Je la vois de nouveau. Elle s'accroche à la barre. Sa main retient le cahier qui ne veut pas rester en place.
Elle se redresse…reprend son souffle… avance en riant…accrochée au regard de son père… maintenant à deux mètres de lui… elle prend de l'assurance…. lâche la barre et le cahier… droite enfin… radieuse… les cheveux épars… le pas un peu plus assuré.
L'image est extraordinaire
_Bravo ma princesse !
_Merci, tu trouves que c'est mieux ?
_Mieux ? Tu veux rire ! Crie-t-il. Je n'ai jamais vu un mannequin avec une si belle allure ! Je suis émerveillé ! Je suis le père le plus fier de toute la planète !
Et se retournant vers la salle, devant nous, témoins, spectateurs, il se redresse, nous sourit, désigne le mannequin en herbe de la main
_C'est ma fille….
Le plus surprenant, c'est que j'applaudis, comme ça, et que tous les clients font bientôt de même.
Tous sauf mon ami. Il attend que nous soyons dehors pour me dire d'un air blasé
_C'est pathétique !
Dans ma tête et dans mon corps, je suis envahie d'une sensation de bonheur total. Je m'entends lui répondre
_C'est merveilleux !
FBV
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| samedi 19 janvier 2008, a 15:22 |
| Le président orné d’une Rolex |
Un Président orné d'une Rolex S'imagina qu'on l'adorait.
Dans cet esprit il pavanait Voulant croire les médias à sa cour attachés Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit : Cher Président, ôtez-vous de l'esprit Un orgueil si absurde. Ce n'est pas vous, c'est la Rolex, A qui vient le mérite A qui la gloire est due.
D'un président people C'est la Rolex qu'on aime.
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| lundi 24 décembre 2007, a 13:11 |
| Les miracles de Noël |
C'est Noël et j'aime bien cette ambiance. Maman a sorti toutes les guirlandes et on a décoré le sapin. J'aimerais bien qu'il neige, ça va bien avec la magie de Noël.
Je ne crois plus au père Noël depuis que je sais comment on fait les bébés. J'ai appris tout ça à la maternelle, devant le grillage qui donnait sur le poulailler de la gardienne, là où causaient les grandes. Je me rappelle quand je suis rentré à la maison, j'ai dit à ma mère qu'on racontait que les enfants se fabriquaient dans le ventre de la maman et que je ne le croyais pas et puis que le père Noël c'était un mensonge pour faire plaisir aux petits enfants. Alors ma mère m ‘a dit que c'était vrai dans un sens. Elle m'a dit que pourtant elle y croyait encore parce qu'elle avait remarqué que tous les ans, à Noël, il arrivait ce qu'elle appelle « le miracle de Noël. » Par exemple, il y a deux ans, c'est Mamie qui s'était perdue à Toulouse et c'est un chauffeur de taxi qui l'a prise en charge et qui a essayé de trouver dans son vieil agenda d'il y a 50 ans des noms qui pouvaient lui indiquer qui elle était et qui était sa famille. Elle avait déjà Alzheimer mais personne ne le savait. Après des heures à raconter des histoires, elle a parlé de ma mère, puis de Marseille et, finalement, il a fini par comprendre qu'elle allait à Marseille et il nous a retrouvés. On l'attendait pour le réveillon, ça nous a affolés et on les a rejoints à Montpellier. Mamie était complètement bizarre et il la faisait marcher pour se dégourdir les jambes quand on est arrivé. Il nous a même dit de faire attention parce qu'elle avait plein d'argent sur elle et c'était vrai, elle avait des billets en vrac dans son sac. Quand elle nous a vus, elle s'est calmée et le chauffeur de taxi était content. On a eu de la chance qu'elle rencontre un chauffeur de taxi aussi honnête et aussi gentil. Après avoir payé et remercié le taxi, on est rentré pour réveillonner. Pendant tout le trajet jusqu'à Marseille, elle m'a tenu la main. Elle faisait de l'humour en se moquant du chauffeur de taxi qui avait exagéré. Et puis juste quand on est arrivé à la maison, elle m'a chuchoté : « Tu sais Noël, à un moment, je ne savais plus qui j'étais, j'ai eu très peur »
Ce matin, quand on a eu décoré le sapin, je me suis assis dans le fauteuil bleu, celui qui enveloppe bien, et j'ai rêvé longtemps. Je sentais l'odeur du sapin, il y avait des petites lumières qui scintillaient, je voyais le coin de la fenêtre de la chambre de Mamie, il faisait gris dehors et je souriais en pensant aux cadeaux que j'allais offrir à tout le monde. Pour maman, j'ai trouvé quatre verres à pieds chez Monoprix et je sais que ça lui fera plaisir parce qu'elle en a déjà acheté deux comme ça et qu'elle attend d'avoir des sous pour acheter les autres. Pour Mamie j'ai pris des marrons glacés, une boite pour elle toute seule parce qu'elle a du diabète et que maman sera bien obligée de lui laisser sa boite sans compter les marrons qu'elle prend entre les repas. Pour ma grande sœur, j'ai acheté un gloss qui pulpe les lèvres et des perles de bain. Pour Titi, j'ai acheté une calculatrice en tablette de chocolat qui sent bon et qui donne envie de croquer dedans même si ça lui casserait les dents. Titi, c'est le miracle de Noël dernier. Un élève du cours de piano de ma sœur, il est arrivé avec un doigt cassé, des marques sur tout le corps et très maigre avec des chaussures noires et usées, peintes en bleu par sa mère qui voulait l'embêter. Comme ma sœur pleurait, ma mère a dit qu'il pouvait dormir à la maison pour une nuit. On a mangé des brioches et bu du thé jusque très tard dans la nuit Titi parlait beaucoup et nous racontait les horreurs qu'il vivait. Chaque fois il demandait : « C'est normal ? » Et puis il riait en disant : « C'est rigolo. » Maman a compris qu'il disait « rigolo » à la place de « horrible » Et qu'il riait nerveusement pour ne pas pleurer. Le lendemain Titi est rentré chez lui… Il avait envie de fuir parce qu'ils étaient trop fous là bas et ils voulaient encore le battre. Ma grande sœur l'a appelé pour prendre de ses nouvelles et elle a entendu la mère de Titi qui criait après lui des choses qu'elle n'a pas voulu me rapporter et elle a prévenu ma mère. On est allé le chercher quand ses parents sont allés faire des courses pour ne pas les rencontrer. Il y avait en bas de l'escalier toute la richesse de Titi. Un carton à dessin, des partitions, des livres, un magnétophone avec des cassettes, quelques vêtements et sa boite à trésors. Alors maman s'est renseignée et elle l'a pris à la maison pendant un an. On l'a fait soigner par un chirurgien spécial pour les musiciens, le conservatoire a même payé une partie des frais pour lui. Ma sœur lui a donné sa chambre et a partagé celle de ma mère. Qu'est-ce qu'on était bien ! Après deux jours, on l'a laissé tout seul à la maison parce qu'on était invité. Quand on est revenu, il nous a raconté qu'il s'était promené partout en répétant à voix haute : « Je l'ai fait ! Je suis parti ! » Et puis il m'a montré sa boite à trésors. Il y avait des pierres magiques qui sautent toutes seules, des photos, des petits objets qui avaient tous une histoire et même une pistache, une jolie petite pistache qu'il avait gardée précieusement parce que c'était, pour lui, le souvenir d'un moment qu'il avait partagé avec des personnes gentilles, le temps de boire une limonade. Et puis il m'a fait écouter les cassettes enregistrées dans sa maison. Quand il vivait chez nous, je lui demandais souvent de me les faire écouter parce qu'on y entend sa mère qui crie tout le temps après lui, après tout le monde d'ailleurs, et ses frères qui hurlent et se battent sans arrêt. A un moment, on distingue même sa mère qui se plaint au loin et, tout d'un coup, elle entre dans sa chambre et le frappe en disant que c'est sa faute, comme ça, pour rien.
Maintenant il ne vit plus ici. Il a retrouvé d'autres personnes de sa famille. Pourtant, il vient quand il veut et c'est souvent.
Maman vient de renter, elle est contente parce qu'elle a maquillé une dame. Sur la photo d' « avant » la dame est normale avec son maquillage de toujours. Alors que sur la photo d' « après » elle est très belle.
Je suis fier de ma mère ! C'est vrai quand même, elle fait toujours des miracles…
Sources : "Chroniques du Petit Noël" FBV
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| samedi 08 décembre 2007, a 22:34 |
| Mon nouveau copain ! |
Aujourd'hui, on a eu un nouveau en classe. Il est arrivé en retard parce qu'il aménageait et il avait roulé toute la nuit dans le camion et ses parents préféraient qu'il commence tout de suite. Il s'appelle Shaozu, il est chinois. Il est arrivé juste à temps avant qu'on nous lise la lettre de Guy Môquet.
Alors on nous l'a présenté et on lui a donné une place au fond de la classe parce que c'était la seule qui restait. Madame la principale venait de nous expliquer que c'était la lettre d'un garçon qui avait fait de la résistance pendant la guerre et qu'on devait le fusiller le lendemain. Il l'avait écrite à ses parents pour leur dire qu'il mourait pas pour rien. Enfin j'ai pas tout compris.
Avant de s'asseoir, Shaozu a demandé s'il pouvait aller aux cabinets et la principale lui a dit non. Et puis elle a commencé à lire la lettre. J'ai tout de suite eu envie de pleurer parce qu'il disait à sa famille qu'il allait mourir et qu'il voulait qu'ils soient courageux. J'avais mon menton qui tremblait et mes larmes sont sorties quand il a dit qu'il avait embrassé ses frères. Et c'est le moment que Shaozu a choisi pour appeler la principale qui l'a grondé et lui a dit de se taire. Alors, j'ai replongé dans la douce tiédeur de mes larmes… « … toutes mes affaires te seront envoyées… » Je commençais même à sentir l'odeur des vêtements de Guy qui avait dû les porter des semaines sans les changer. « … un dernier à mon frère, qu'il étudie bien… » Je trouvais que ça commençait à sentir mauvais et que tout le monde s'agitait. J'avais les yeux fermés, je voulais rester avec Guy. « Je vais mourir avec Tintin…. » Là j'ai plus tenu, j'ai ouvert les yeux et j'ai vu mon copain Ambroise qui me faisait des signes. Je voulais écouter encore et pourtant j'ai regardé ce qu'il pointait du doigt. J'ai vu Shaozu, raide comme un piquet, le visage impassible. Il fixait la principale, très beau avec ses cheveux noirs, son visage lisse comme un masque. Seuls ses yeux lançaient des éclairs, comme s'il voulait la tuer. Elle continuait de lire en reniflant : « … toi maman, Séserge, papa, en vous embrassant… » Elle semblait respirer difficilement, les élèves faisaient la grimace, d'autres pouffaient de rire et l'odeur des vêtements de Guy Môquet restait dans ma tête, malgré mes efforts pour m'en débarrasser… Et soudain j'ai compris ! Quelle horreur ! La honte m'a envahi pour lui… A peine arrivé, voici qu'il vivait le pire, ce que, de toute sa vie, il oublierait jamais…. Il avait bien tenté de l'éviter, il avait appelé et pourtant…. Il osait plus bouger de peur de se trahir. Je me suis retourné et j'ai attendu. « … Vous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir. »
La principale s'est promenée dans les rangs. Elle s'est arrêtée devant Shaozu et lui a parlé à l'oreille. Ils sont sortis tous les deux.
Alors, Estelle la redoublante, a ouvert les fenêtres et puis elle est allée au tableau. Elle a pris des craies de couleurs et s'est mise à écrire en grosses lettres :
« Bienvenue Shaozu »
Elle s'est ensuite retournée vers nous et le poing levé elle a crié : « Le premier qui en reparle, je lui casse la gueule ! »
Shaozu a manqué le reste de la journée et pourtant, notre professeur a laissé le message au tableau, il avait l'air content. Il nous a parlé de la Chine, de l'été de Pékin. Il paraît que les étudiants manifestaient un jour pour la démocratie et qu'on leur avait envoyé des chars pour qu'ils dégagent la place Tiananmen. Alors, un étudiant s'est arrêté de courir et a marché vers les chars. Il se plaçait devant eux et les chars ne l'écrasaient pas… Ils changeaient de direction. Il y en a même un qui s'est arrêté.
Quand Shaozu est revenu le lendemain, tous les copains le regardaient avec respect parce qu'il est chinois et que les Chinois sont courageux. Ambroise avait même dessiné un char sur le tableau, avec Shaozu devant. Notre nouveau copain a juste dit merci, et il nous a souri avant de s'asseoir.
Quand j'ai raconté l'histoire des chars à ma grand-mère elle m'a dit qu'il y a plein de pays où les gens peuvent pas vivre normalement à cause des chefs d'état qui font que ce qu'ils veulent. En Russie, Poutine a triché pour les élections et notre président l'a félicité. Il paraît qu'on reçoit un terroriste demain, celui qui a torturé les infirmières. J'ai vu notre président lui serrer la main avec affection et il lui a dit qu'il était content de le recevoir à Paris.
Je comprends pas un président qui fait lire la lettre de Guy Môquet et qui reçoit Kadhafi à l'Elysée.
Sources: Chroniques du Petit Noël_ FBV |
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| mardi 06 novembre 2007, a 16:33 |
| Humains, pas politiques. |
Le président est allé au Tchad pour libérer les journalistes et les hôtesses qui avaient accompagné l'Arche de Zoé.
L'arche de Zoé, ce sont des gens qui voulaient sauver des enfants déplacés au Darfour. Ils allaient mourir parce qu'il y a des problèmes là bas et qu'on leur fait du mal. Ma mère m'a dit que c'était une belle idée même si les responsables s'étaient pas protégés avec les lois. Alors ils sont partis et ils ont regroupé des enfants qui disaient qu'ils étaient orphelins. On savait rien jusqu'à ce qu'ils se fassent arrêter et que Rama Yade et le président disent qu'ils étaient au courant et qu'ils les avaient prévenus. Rama Yade a même dit qu'elle voulait pas demander à l'armée de les empêcher.
Alors, comme Nicolas Sarkozy pouvait pas envoyer Cécilia puisqu'elle l'a quitté parce qu'elle voulait plus vivre dans la lumière, à l'ombre de son mari. Il y est allé tout seul pour parler avec Idriss Deby.
Idriss Deby, c'est le chef d'état du Tchad. C'est un homme bizarre je trouve. Il dit que les gens de l'Arche de Zoé voulaient vendre les enfants aux pédophiles ou vendre leurs organes. C'est drôle, personne a pensé à ça en France parce qu'ici, les enfants on les voit comme des êtres humains. Autour de moi, on pense à les aider quand ils sont en danger. Mon copain Kévin m'a dit que son père était parti là bas, au Tchad. Il est militaire et il a aidé l'armée tchadienne. Il m'a dit que depuis longtemps on disait qu'on devait aider les civils et qu'on faisait rien. L'Arche de Zoé a décidé de faire quelque chose et les responsables s'y sont mal pris. S'ils avaient été aidés quand ils ont parlé de leur projet à Rama Yade, ils auraient pas fait des bêtises. Maintenant, elle fait comme d'habitude, elle essaie de prouver que tous les autres font de travers sauf elle.
Alors du coup, je me dis que ces enfants sont en danger. Idriss Deby cherche pas à comprendre. Il a dû être tellement vexé des paroles de Sarkozy dans son discours en Afrique qu'il fonctionne comme Sarkozy disait que les Africains fonctionnent : (avec leur imaginaire et pas leur raisonnement.) Ou bien il fait exprès pour que la France l'aide encore plus. Il aime bien qu'on envoie des militaires pour repousser les gens qui se rebellent et il aime moins que des Français viennent aider des enfants qui risquent de mourir parce qu'il s'en occupe pas. Peut-être que, comme ça a marché avec Kadhafi, il se dit que ça va marcher pour lui aussi. En tout cas, Nicolas Sarkozy se fait encore sa pub Zorro sur ce coup là.
On a montré une maman qui criait qu'elle voulait qu'on lui rende son enfant ou un truc comme ça. Ca m'a rappelé Java.
Java est une indienne que j'ai rencontrée une fois au camping pendant les vacances. Qu'est-ce qu'elle est belle ! Elle a été adoptée par des Français. Quand je l'ai vue pour la première fois, elle était devant sa tente, assise en tailleur et tout le corps couché en avant sur le sol. Je croyais qu'elle priait assise. Elle dormait et parlait bizarrement en dormant. Plus tard, elle m'a dit qu'elle dormait toujours comme ça. Ses parents m'ont raconté qu'ils l'avaient adoptée quand elle avait quatre ans. Sa vraie maman était venue la déposer au dispensaire après avoir marché trois jours et trois nuits dans le désert, sans manger. Elle voulait que sa fille ait une plus belle vie que là bas. Alors elle est venue en France dans une famille qui avait déjà adopté des enfants. Elle parlait pas encore français. Il paraît que les premières semaines, elle était hypnotisée par les robinets. Elle restait devant et mettait ses mains sous l'eau en la regardant couler comme si c'était un miracle. Aujourd'hui, quand elle rêve, elle est dans son camp là bas, avec sa mère et elle parle indien. Au camping, elle est sortie avec un garçon, ils sont allés au karaoké et il l'a embrassée sur la bouche. Le lendemain, je l'ai trouvée en larmes, dans les bras de sa mère, parce que le garçon l'avait laissée tomber. J'ai pas compris parce qu'elle est belle et très gentille. Elle a dit qu'il voulait pas se marier avec elle. Sa mère lui a répondu qu'on parlait pas de mariage à 18 ans quand on embrassait un garçon depuis un jour ou deux. Alors Java a avoué qu'elle avait toujours peur qu'on l'abandonne et que c'était sûrement pour ça qu'elle voulait que les garçons lui promettent de l'épouser dès qu'ils l'embrassaient. Je me rappelle comme sa mère a été douce. Elle lui a caressé les cheveux et lui a expliqué que sa vraie maman l'avait pas abandonnée quand elle était petite. Elle lui a dit qu'elle l'aimait trop pour la garder avec elle dans sa situation. Que ça avait dû être terrible, qu'elle devait penser à elle tous les jours. Java voulait pas comprendre. Elle avait le visage qui grimaçait tellement elle souffrait. Elle disait qu'elle pouvait pas faire autrement. Alors sa mère l'a serrée très fort dans ses bras et je lui ai dit que, quand je serai grand, je me marierai avec elle et qu'on irait tous retrouver sa maman là bas en Inde. Alors on a passé la soirée à parler de notre voyage et j'ai retrouvé le sourire de Java. A la fin des vacances, Java et moi, on a échangé nos adresses. On s'est écrit un peu et puis elle m'a annoncé qu'elle avait rencontré un garçon à la fac. La dernière lettre qu'elle m'a envoyée disait qu'ils partaient tous les deux en Inde pour voir sa mère. Depuis j'ai plus de nouvelles. Je crois qu'elle s'est mariée et que maintenant elle vit là bas près de sa maman.
Je me demande quand même si la mère de Java savait que sa fille partirait en France ou si elle croyait qu'elle resterait en Inde. Parce que j'ai entendu à la radio que les gens de l'Arche de Zoé avaient pas dit qu'ils emmèneraient les orphelins dans un pays où ils parleraient pas la langue. Je trouve qu'ils auraient dû le dire quand même parce que les parents qui ont amené leurs enfants en mentant croyaient peut-être qu'ils pourraient les récupérer plus tard et que sinon, ils l'auraient pas fait.
Si un jour il y a du danger en France à cause des mesures du président qui nous fait lire la lettre de Guy Môquet pour qu'on apprenne la soumission et nous enlève des droits à la Sécurité Sociale pour augmenter son salaire, j'espère qu'on partira tous ensemble, ma mère, ma grand-mère, ma sœur et moi dans un pays avec un chef d'état qui nous fera pas le test ADN parce que je suis le seul blond de la famille et on sait jamais.
Sources: Chroniques du Petit Noël_ FBV
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| samedi 22 septembre 2007, a 15:04 |
| Les aventures de Nasrudin (Idries Shah) |
Tout ce qu'il me faut, c'est du temps
Nasrudin a acheté un âne. Le vendeur a indiqué quelle quantité d'aliments il devra lui donner quotidiennement. Cette quantité, il la juge excessive. Il décide donc, à titre d'expérience, de l'habituer à manger moins. En conséquence, chaque jour il réduit sa ration. Celle-ci est de plus en plus maigre, si bien qu'un jour l'âne, n'ayant presque plus rien à manger, se couche sur le flan et expire. « Dommage, commente Nasrudin, il est mort trop tôt : si j'avais eu un peu plus de temps, j'aurais pu l'habituer à vivre sans manger ».
Le filet de pêche
Le roi a chargé plusieurs personnalités de son entourage d'une mission confidentielle : battre la campagne à la recherche d'un homme modeste digne de remplir la fonction de juge. Nasrudin a eu vent de l'affaire. Quand les envoyés du roi, qui se font passer pour de simples voyageurs, se présentent chez lui, ils le trouvent drapés dans un filet de pêche. « Dis-moi, pourquoi es-tu ainsi accoutré ? interroge l'un d'eux. - Je suis d'origine modeste, j'étais pécheur autrefois. Ce filet me le rappelle. Cette marque d'humilité les impressionne fort, et Nasrudin est nommé juge. Peu de temps après, un des émissaires lui rend visite au tribunal où il exerce. « Qu'est-il donc advenu de ton filet, Nasrudin ? - A quoi bon le filet, une fois que le poisson est pris ! ».
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| vendredi 24 août 2007, a 17:16 |
| J'aime l'Afrique! |
Il paraît que notre Président est allé en Afrique et qu'il a fait une déclaration d'amour aux Africains. J'ai essayé de tout lire, j'ai pas tout compris parce que je connais pas l'histoire de l'Afrique. Je connais pas non plus les jeunes africains qui ont besoin qu'il leur dise quoi penser.
Je connais que Lamine.
Lamine c'est mon copain sénégalais. Il est en France pour suivre ses études. Il m'a raconté quand il a réussi son BAC. Ce jour là, tout le quartier a fait la fête parce que c'était le premier à avoir réussi. Alors ses parents ont acheté des sacs de riz et les voisins ont tous été invités, dehors, dans la rue, parce que sa maison était petite et qu'il faisait beau.
Et puis après, il a choisi la faculté où il voulait aller. Il a décidé de suivre des études scientifiques parce qu'il est intelligent et il veut enseigner tout ça au Sénégal plus tard. Et il a voulu venir à Marseille parce qu'il adore l'équipe de l'OM. Pour lui c'était le grand bonheur.
C'était la première fois qu'il quittait sa famille, son quartier, son pays.
Après un long voyage, il est arrivé, tout tremblant à la gare Saint Charles. Il faisait nuit il se sentait un peu perdu. Tout d'un coup, il a vu une vieille dame en haut des marches qui portait des lourdes valises. Alors il s'est avancé en souriant de toutes ses dents et lui a proposé de l'aider. Il faut dire que Lamine est très bien élevé et très généreux, toujours prêt à rendre service. La dame a refusé.
Ils étaient en haut de l'escalier et elle avait tout à descendre. Lamine lui a dit « si,si, si » et a tenté de lui prendre ses valises. La dame a dit « non, non, non » et Lamine a dit encore « si si si ! . Alors la dame furieuse est retournée dans la gare de très méchante humeur en le menaçant avec des mots qu'il a pas compris.
« Tu comprends… Il m'a dit, … chez nous on dit non par politesse, pour pas déranger, je pensais pas qu'elle me prenait pour un voyou »
Depuis, Lamine continue d'être sympa. Là où il travaille, il y a plein d'étudiants qui s'arrêtent et lui demandent de leur expliquer ce qu'ils ont pas compris en maths ou en chimie. Il leur explique toujours.
Parfois, quand maman travaillait avec lui, elle voyait bien qu'il mangeait pas. Alors, elle lui demandait d'aller lui chercher du mac do ou autre chose et elle partageait en lui donnant presque tout.
Un jour, la famille de Lamine est venue à Marseille et sa maman a appelé la mienne. Elle lui a dit merci. Maman comprenait pas et la maman de Lamine lui a dit qu'elle savait que tous les soirs ma maman nourrissait son fils, qu'il lui avait tout raconté. Maman était très gênée qu'il s'en soit rendu compte et puis… Lamine lui avait appris tellement de choses à elle qu'elle voyait pas ce qui était extraordinaire.
J'aime bien quand Lamine me raconte l'Afrique. Il m'a parlé de trucs du passé. C'est pour ça que j'ai pas compris le discours du président Sarkozy. On dirait qu'il parle à Lamine comme si mon copain avait attendu ses conseils pour choisir de faire ce qu'il a déjà presque fini.
Du coup, comme c'est une déclaration d'amour...............
Si j'étais son fils, j'aimerais pas qu'il m'aime…
Photo: Dominique Pascal-François
Texte: FBV_Chroniques du Petit Noël
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| mercredi 08 août 2007, a 22:45 |
| Les enfants sont formidables! |
La télé nous a expliqué que le président allait encore partir en Amérique, il prenait des vacances. On était content de savoir que le Président avait de si gentils amis qui pouvaient lui payer une belle location à 30 000 € la semaine. On s'est demandé s'il pouvait se payer à manger là bas parce que la vie est chère. On a fêté ça à la maison en mangeant du jambon et de la purée parce que mamie n'a pas beaucoup de dents et qu'elle se les fait pas changer parce qu'elle trouve qu'elle creuse assez le trou de la Sécu avec son Alzheimer. Maman a acheté une bouteille de vin pour l'occasion et j'ai eu droit à une glace pour le dessert.
Et puis on a regardé les infos en se félicitant d'avoir un président qui fait tant pour les Français. Pour l'instant on profite pas vraiment de tout ce qu'il dit qu'il fait. Maman a un CAE à mi-temps et grâce au président, elle va bientôt travailler plus pour gagner plus. Il fait ce qu'il faut... Il paraît ! Les gens qui travaillent déjà normalement vont pouvoir faire des heures supplémentaires. C'est sûr parce que les patrons payeront pas de charges sur ces heures et les employés non plus. Mamie s'en fiche parce qu'elle a déjà sa retraite, et elle dit qu'on peut pas lui enlever. Ceux qui ont déjà un peu de sous vont pouvoir acheter leur maison et déduire un peu d'intérêt de leurs impôts. Maman dit qu'on peut pas, parce que les prix des maisons ont triplé, au moins ! Et elle attendra quand ils vont rebaisser dans trois ans. Et surtout elle attend des réponses pour du travail. C'est vrai qu'elle attend toujours… Et les gens répondent même pas. Ma sœur dit qu'il faudrait obliger toutes les entreprises à répondre à tous les chômeurs qui envoient des lettres. Comme ça on verrait bien que les chômeurs cherchent vraiment. Il paraît que pour trouver du travail il vaut mieux avoir des amis bien placés. Comme notre cher président ! Il a des bons copains qui lui offrent plein de voyages, des fois même ils font passer ça sur le compte de l'entreprise. Même les voyages en jet.
J'aimerais bien être président plus tard. On fait ce qu'on veut. On peut boire du coca et traverser en dehors des passages piétons. Il suffit de dire à la télé de pas parler de ce dont on veut pas qu'elle parle. Ou bien on vient à la télé et on dit : " C'est pas vrai ! Et personne ne dira le contraire ! » Et voilà ! tout le monde trouve ça normal.
Et puis quand on est président, les gens croient que tout ce qui arrive de bien c'est grâce à nous.
On a vu à la télé que le président a fait libérer les infirmières bulgares grâce à sa femme qui parlait plein de langues et qui a réussi à convaincre Kadhafi de les relâcher sans négocier. On a de la chance que Kadhafi se soit laissé convaincre. En plus il va nous acheter plein d'armes et puis un réacteur nucléaire il paraît. C'est sûrement pour relancer notre économie. Il fait ce qu'il faut notre Président. Il avait promis tout ça et il le fait !
Maman dit qu'elle est inquiète pour Monsieur le Président. Elle dit qu'il est trop naïf, qu'il se méfie pas assez de ses amis. Des gens qui offrent des voyages comme ça pour rien, juste quand on est devenu président sont peut-être intéressés. Il est gentil quand même. Maintenant, quand on meurt, nos enfants payent plus rien à l'état. Enfin, j'ai pas tout compris. A l'école ça va être bien il va pas remplacer les maîtresses qui partent à la retraite. Mamie dit que c'est ce qui va faire baisser le chômage. J'ai pas compris non plus. On a encore vu Monsieur le Président à la télé tout à l'heure. Il était pas content parce qu'on le filmait pendant qu'il faisait du bateau avec des gens. Je connaissais pas les gens. Je me suis dit qu'il savait pas ce qu'il voulait quand même. Il est comme Lady Di. Il choisit le moment où il veut que les journalistes le filment. Quand il veut quoi!
Et les journalistes, hein! Ils ont pas compris. Je me dis que, puisque c'est comme ça, quand je serai grand, je serai président d'un pays où les journalistes seront intelligents. Des journalistes qui feront ce que je voudrai. Et des citoyens qui les croiront, tous! S'il y a plus de confiance hein! … C'est trop dangereux.
Tiens, maman pleure… Elle a reçu une réponse….
« T'en fais pas maman ! Grâce au Président, tu vas bientôt pouvoir travailler ! Et on deviendra riche ! Et on mangera du steak ! Et on nous invitera pour les vacances ! »
Source : « Chroniques du petit Noël » De FBV
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